SYNOPSIS
En 2029, l’Europe est sous domination de régimes d’extrême droite. En France, le Parti National vient d’accéder au pouvoir. L’homosexualité est criminalisée partout en Europe, sauf en France. Abou, migrant gay, arrive à Marseille pour demander l’asile. Livré à la rue, il subit la violence de la précarité. Lorsqu’il parvient enfin à contacter la seule association autorisée par le régime à aider les migrants, il se heurte à une réalité brutale : un parcours administratif presque inaccessible et humiliant, révélateur de la dérive autoritaire du pays...
In 2029, Europe is under the rule of far-right regimes. In France, the National Party has just come to power. Homosexuality is criminalized across Europe, except in France. Abou, a gay migrant, arrives in Marseille to seek asylum. Left homeless, he endures the violence of life on the streets. When he finally manages to contact the only association authorized by the regime to assist migrants, he is confronted with a brutal reality...
DISTRIBUTION
Avec
Abou Doumbia
Rose Portes
Manuel Blanc
Philippe Barassat
Laurent Borel
Rémi Lange
Béatrice Sebbah de Staël
Valérie Trajanovski
Romain Lanfranca
Jhonatan Figueroa
Emmanuelle Dugé de Bernonville
Clément Lanfranca
Thérèse Lange
Ivan Mitifiot
Geoffrey Couët
Herman Kimpo
ÉQUIPE TECHNIQUE
Image et son
Rémi Lange, Djawad Mama
Scénario
Rémi Lange, Philippe Barassat
Mixage, conseiller artistique
Didier Blasco
Sound Design
Maxime Erreca
Montage, étalonnage, réalisation, production
Rémi Lange
Maquillage
Wendys Rivera
Figurants
Daniel Varon, Jacques Lange
Assistants réalisateur
Emmanuelle Dugé de Bernonville, Françoise Julien-Cordelier, Philippe Barassat
1h38 - 16/9 - couleur - 2026 - © Rémi Lange
Numéro de visa CNC exceptionnel : 2026000812
SORTIE DVD / VOD MAI 2026
CRITIQUES
Bernard Sikolowski / cinemakontemporain.blogspot.com
Le dernier long métrage de Rémi Lange, Moi, Abou T., migrant, PD, menacé de mort, marque un tournant singulier dans une filmographie déjà placée sous le signe de l’exploration formelle. Après s’être essayé au film d’horreur (Mes parents), à la comédie musicale (Le Chanteur), au faux journal filmé (L’Œuf dure) ou encore à la comédie psychologique délirante (Renaître), le cinéaste investit ici un nouveau territoire : celui de la fable dystopique. À la manière de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée.., le titre, d’une virulence presque provocatrice, frappe d’emblée par son accumulation de stigmates, comme autant de « tares » que la société projette sur son personnage, condensant en quelques mots la violence symbolique qui va traverser tout le film.
Le point de départ est limpide, presque programmatique. En 2029, l’Europe est passée sous la domination de régimes d’extrême droite. En France, le Parti National gouverne. L’homosexualité est criminalisée sur tout le continent — sauf en France, ultime enclave paradoxale. Abou (Abou Doumbia, remarquable de justesse, véritable révélation du film), migrant gay, arrive à Marseille dans l’espoir d’y obtenir l’asile. Très vite, il se heurte à la violence nue de la rue. Lorsqu’il parvient enfin à entrer en contact avec la seule association autorisée à aider les migrants, il découvre un système d’accueil glaçant : un parcours administratif humiliant, verrouillé, révélateur d’une dérive autoritaire qui ne dit pas son nom.
On pourrait situer cette œuvre à un point de tension assez rare dans le paysage contemporain : quelque part entre le naturalisme direct d’un cinéma social et la rigueur conceptuelle d’une fable politique.
Dès ses premières scènes, le film installe une mise à nu dérangeante. Marseille n’est pas ici une carte postale, mais un espace de friction : gare, escaliers, plages — autant de lieux traversés mais jamais habités. Le corps d’Abou y apparaît comme un corps en trop, déplacé, constamment repoussé vers les marges. Cette inscription physique dans l’espace rappelle un certain cinéma social européen comme celui de Truffaut (la musique du début du film est le fameux Concerto pour piccolo en do majeur RV 443 de Vivaldi, entendu maintes fois dans L’Enfant sauvage), mais le film bifurque rapidement vers autre chose : une stylisation de la violence qui fleurte avec l’allégorie.
La séquence avec Eddy (Manuel Blanc) constitue un pivot. Elle est longue, presque étouffante, et joue sur une ambiguïté morale dérangeante : hospitalité ou prédation ? Solidarité ou domination ? Le film touche ici à quelque chose de juste — la manière dont la vulnérabilité économique peut devenir un terrain de chantage intime — mais il le fait sans filtre, au risque de saturer le spectateur. Là où certains cinéastes auraient suggéré, le film insiste, expose, martèle. Cette frontalité, qui pouvait sembler presque excessive, prend rétrospectivement tout son sens : elle prépare le terrain du conte cruel à venir. Abou y est exposé comme une figure d’innocence brute, presque enfantine, comme un Petit Chaperon Noir prêt à être dévoré. Quand l’ogre Eddy s’approche d’Abou et tente de l’embrasser, il le force presque, au fond de lui il semble vouloir le manger… Comme dans les récits les plus archaïques, tout est déjà joué : l’enfant dit “sauvage” sera dévoré. Mais ici, le loup n’est pas un monstre isolé — c’est la société elle-même. Une société blanche, normative, qui sous couvert d’intégration organise l’absorption, la digestion, puis l’effacement de l’autre, de l’étranger.Le véritable basculement intervient avec le « Programme d’Intégration Contrôlée ». À partir de là, le film change de nature : de chronique sociale, il devient machine dystopique. La scène du bureau, menée par une femme autoritaire (Béatrice Sebbah de Staël), est, à cet égard, exemplaire : écriture administrative glaciale, logique implacable, violence sans éclat. Tout est dit sans être crié, et c’est précisément ce qui rend la situation si inquiétante. La logique de notation sociale, transposition d’un système chinois déjà existant dans une Europe futuriste, où l’humain est réduit à une moyenne, à un score de conformité, s’avère d’une redoutable efficacité.
C’est dans cette seconde partie que le film déploie pleinement son ambition formelle. Le cycle des « hôtes de confiance » s’organise comme une descente méthodique, évoquant irrésistiblement la structure en cercles de Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini. Chaque hôte incarne une figure de pouvoir, une idéologie poussée jusqu’à l’absurde : la religion comme contrainte et comme impérialisme post-colonial, la dépendance comme domination, la pureté (la « blanchisation » de l’étranger, de l’autre, dans tous les sens de ce néologisme) comme délire meurtrier.
Mais là où le film frappe avec le plus de force, c’est dans son travail sur le langage. Derrière les mots d’« intégration », de « conformité », de « valeurs », se dessine une logique inverse, presque ironique dans sa cruauté : ici, l’intégration mène à la désintégration. Impossible de ne pas entendre, en creux, l’écho sinistre du slogan « Arbeit macht frei » lié à l’Holocauste, ou encore la torsion du langage propre à 1984 d’Orwell : « la liberté, c’est l’esclavage ». Le film ne cite jamais explicitement ces références : il se contente de faire des clins d’œil à des dystopies célèbres comme Brazil de Terry Gilliam, mais il en rejoue les mécanismes en faisant dire aux mots l’inverse de ce qu’ils promettent.
Comme chez Pasolini, la violence n’est jamais chaotique : elle est codifiée, ritualisée, validée par un cadre. Ici, ce cadre est administratif, légal, presque banal. Le film montre avec une grande acuité que l’horreur moderne ne surgit pas en dehors des institutions, mais à travers elles.
Mais réduire le film à sa seule noirceur serait passer à côté de ce qui en fait aussi la singularité sensible. Car l’œuvre n’est pas dénuée d’humour, ni d’humanité. On rit même souvent — d’un rire parfois gêné, mais bien réel — tant certaines situations flirtent avec l’absurde.
Chaque « hôte de confiance », aussi inquiétant soit-il, laisse apparaître des failles, des fractures intimes qui le rendent étrangement humain. Un mot réconfortant presque involontairement prononcé, un geste furtif de douceur, une attention presque imperceptible envers Abou viennent fissurer la rigidité du dispositif. Même les agents de ce régime autoritaire ne sont jamais de simples caricatures : ils existent dans leurs contradictions, leurs solitudes, leurs manques. Et c’est peut-être là que le film touche le plus juste — dans cette capacité à faire coexister la violence systémique et la persistance fragile de l’humain.
Malgré sa mécanique implacable, le film ne sombre jamais dans le pur désespoir conceptuel. Abou demeure une figure de résistance — mais d’une résistance mouvante, jamais figée. Tantôt il refuse, fuyant la première hôte au nom de sa dignité, tantôt il plie, acceptant l’humiliation chez le second pour survivre. Jusqu’au point de rupture : face à l’horreur du troisième, il se révolte, frappe, s’enfuit — et bascule hors du cadre légal. Accusé, traqué, il devient lui-même une anomalie dans le système. Ce n’est donc pas une résistance pure, mais une tension constante entre soumission et refus, et c’est précisément dans cette oscillation que le film trouve sa vérité. Cette révolte, fragile, imparfaite, devient alors le véritable enjeu du film.
Au fond, c’est peut-être là la plus grande réussite du film. Dissimulé sous le voile d’un récit social, ce onzième long métrage de Rémi Lange plonge un individu isolé au cœur d’un système totalitaire, exposant sa résistance fragile face à une logique implacable. Il met en scène cette confrontation avec une intensité remarquable. Chose rare dans le cinéma français, Moi, Abou T., migrant, PD, menacé de mort s’impose comme un cauchemar dystopique implacable et nécessaire, qui fait écho à la montée des extrêmes droites dans le monde et vous poursuit longtemps après la projection.Pascale Maigre, metteuse en scène, conseillère artistique
J’ai regardé d’un trait ce film attachant et sobre qui relève méthodiquement, presque neutrement , les différentes stades de monstruosité d’une décadence bien d’actualité.
Perversion, Inversion des valeurs, diabolisation, folie… opposés à la nature humaine faite de candeur, de beauté animale et de lutte pour la survie .La construction du film directe et abrupte suit le parcours du migrant à l’image de sa fatale destinée. Ce qui, en rendant le personnage presque « hors temps » universalise le propos du film et l’amène à fonctionner comme un avertissement à la collaboration meurtrière .
L’aspect sentimental traité à l’économie dans le film, n’en est pas moins le maître d’œuvre de l’histoire de ces personnages tous plus ou moins en déperdition d’eux-mêmes, jusqu’au paradoxe final où le revendicateur officiel de la légitimité homosexuelle va jusqu’à s’autodétruire symboliquement (...).
Tout au long de ce film, la dureté avouée, la monstruosité rendue affleurante ou visible chez les personnages, insuffle une clarté presque légère au récit puisque tout se dit là, en images et son, sans autre différé et qu’il n’y a pas d’autres drame que celui qui est en train de s’écrire là.
Comme dans un film de Kaurismaki, chacun incarne un élément de l’engrenage que conduit un destin… En cela, ce film est une vraie mise en résonance du malaise de notre époque.
François Zabaleta, réalisateur, metteur en scène, écrivain
Ton film est noir et très très désespéré. Tu le présentes comme une dystopie alors que, par bien des aspects, c'est déjà une réalité (USA, Russie etc...) Contrairement au film précédent Renaître qui était drôle et solaire, c'est un couperet implacable sur une incapacité à accepter l'autre, ce qui est désormais une réalité incontournable. Les familles d'accueil sont terrifiantes mais au fond je connais ici en province beaucoup de gens qui sont comme ça.. Ton film est un cri d'alarme, une mise en garde. Sera t-elle écoutée ? Je ne sais pas. Je crois que je deviens aussi pessimiste que toi. Dans ce chemin de croix, j'ai trouvé les acteurs vraiment très bien même s'ils font froid dans le dos. J'espère que ta lucidité sera contagieuse et nous évitera le pire... qui semble déjà programmé au vu des sondages.












Commentaires
Publier un commentaire